UNIVERSITY of GLASGOW

The Corresponence of James McNeil Whistler

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Documents associated with: Musée du Louvre
Record 22 of 31

System Number: 11363
Date: [10/22 July 1886?][1]
Author: Marcel Roland[2]
Place: [Paris?]
Recipient: Editor, The Court and Society Review[3]
Place: [London]
Repository: Library of Congress
Call Number: Manuscript Division, Pennell Whistler Collection, PWC 14/1337-42
Document Type: TLc


Monsieur, -

L'élection de M. Whistler à la présidence à Suffolk Street[4] a produit dans le vieux monde de l'art national une sensation considérable et que je m'explique, ainsi que les protestations auxquelles elle donne lieu et qui sont, je l'avoue, bien [p. 2] naturelles. Comme on peut en juger par la polémique qui s'engage à ce sujet de tous côtés, comme on peut le voir par les lettres publiées dans ce journal par le 'British Artist', le 'Country Collector'[5], et autres, M. Whistler n'a été ni appelé par les voeux du gros public qu'il ne touche pas, ni acclamé par la foule à laquelle il ne s'adresse point. La multitude n'a pas plus compris et ne comprendra pas plus le génie de Whistler qu'elle n'a compris les autres génies. Avec de longs et pénibles efforts, une minorité d'intelligence supérieure, et qui seule pense et juge, lui apprendra à répéter: 'Whistler est un immense artiste," comme on lui a appris à dire: 'Velazquez[6] était un très grand peintre;" mais dans l'avenir le public, tout en répétant la formule, regardera les oeuvres de l'un comme il regarde aujourd'hui celles de l'autre, sans les voir et sans en jouir. L'élection de M. Whistler prouve donc un manque d'égards pour les préférences de la foule qui n'ont point été consultées. Il y a eu là, ce me semble, injustice et imprudence. Injustice, parce que pour la plus grande joie, seulement de quelques adorateurs de l'art pur, qui dans un moment d'enthousiasme ont serré leurs rangs et livré bataille, pour porter leur grand prêtre au fauteuil présidentiel (majorité qu'on eut trouvé seulement à Suffolk Street) on a froissé le sentiment des amateurs en général et d'un très grand nombre d'artistes, peu doués peut-être, peu soucieux de révélations et de progrès, c'est possible, mais qui n'en constituent pas moins une classe nombreuse de travailleurs dont les aspirations sont au niveau de celles d'un public qui [p. 3] les aime, et dont l'oeuvre, accessible à tous, devient en quelque sorte d'utilité, publique. Imprudence, parce que [que?] l'on ne peut se heurter sans danger à l'opinion du plus grand nombre. Certes le choix fait de M. Whistler pour les présider, prouve que dans la société qui vient de l'élire les raffinés de l'art sont en majorité; mais, s'affirmer de la sorte les exposait fatalement, eux et leur nouveau chef, au mauvais vouloir de bien des adversaires, et toute la distinction artistique et personnelle de M. Whistler, loin de le protéger, n'ont fait, comme il fallait s'y attendre, que contribuer à lui attirer les coups de sifflet et les apostrophes grossières du 'British Artist' et du 'Country Collector'. Au moins doit-on rendre cette justice à un 'Impartial Reader[7]', que ses armes sont plus courtoises, et que les termes dans lesquel il exprime ses erreurs prouvent des habitudes de politesse et une correction de manières, bien étrangères à ceux qui ont ouvert cette polémique et qui invitent à lui répondre. Je commence par me dire de son avis, et convenir qu'il se montre vraiment impartial quand il constate l'inferiorité de M. Whistler à tirer parti de ces effets 'of the material reality of ordinary vision' qui, de prime abord étant perceptibles, et accessibles à tous, charment au même titre le bourgeois et les grands hommes ordinaires. C'est une lacune dans le talent de M. Whistler et qui fera toujours son manque de popularité. Ce qui prouve qu'après tout, il est bon de ne jamais perdre de vue, qu'artistes et bourgeois nous sommes tous des frères (ou nous devrions l'être au moins) et qu'il ne doit y avoir entre nous [p. 4] d'autre différence que celle-ci, à savoir: que les uns font des peintures à l'huile, et que les autres n'en font pas. C'est pour cela que l'accession de M. Whistler à la première place a quelque chose de révoltant. Les gouts sont trop particuliers. Enthousiaste de beautés que seulement lui et quelques autres perçoient, il passse avec un dédain plein d'impertinence devant ces choses qui font la joie et sont les idoles de tout le monde.

Essayer d'imposer au peuple les gouts d'un seul, fut-il un colossal artiste, constitue, ce me semble, un énorme attentat. Que dirait-on si l'on essayait à Paris ou à Londres de supprimer les chants de music hall ou du café-concert, chers à l'imposante multitude et qui font les délices d'un peuple entier, au profit de l'oeuvre de Beethoven[8]? Ce n'est là et ce ne sera jamais que l'echo d'une âme mystique de grand artiste qui dans son amour égoiste du beau n'a consulté que ses propres goûts. On l'écoute bien, oui, de temps en temps et par bon ton. Je me refuse à déclarer ce maître plus grand et surtout plus utile que l'auteur de cette oeuvre populaire et charmante 'Over the Garden Wall[9]', qui, au lieu de nous créer par son art ces préoccupations nouvelles, procure à ses concitoyens un innocent plaisir, et compose le petit air qu'ils sifflent à leur aise sur l'impériale de l'omnibus. De cette simplicité pleine de charme, M. Whistler manque absolument: sa faiblesse sur ce point est non seulement mal dissimulée, mais flagrante. Il en est convaincu lui-même, et je crois qu'à l'heure présente il doit avoir perdu l'espoir (s'il l'eut jamais) de voir un jour ses ouvrages figurer auprès [p. 5] de ceux des grands artistes (indisentables ceux-là!) dont les productions exquises publiées chaque année dans le Christmas number du Graphic et autres journaux illustrés contribuent à donner tant d'éclat artistique aux fetes si touchantes de cette époque de l'année. L'oeuvre de Whistler, hélas! ne quittera son atelier que pour aller tout droit s'ennuyer à jamais sur les murs des grandes salles du Louvre, loin de la joyeuse compagnie des Christmas numbers. Et ce sera bien fait.

Il est un point cependant sur lequel je regrette de n'être point d'accord avec 'An Impartial Reader'. Il explique et juge à sa façon l'influence de M. Whistler sur l'art anglais contemporain et pense que c'est commettre une injustice que d'admettre qu'elle soit aussi grande que le pense M. Salaman[10]. C'est en grande partie au 'French Teaching', pense-t-il, que l'on doit les changements de tendances et de méthode chez les jeunes peintres. J'avais cru voir comme M. Salaman; toutefois je ne discuterai pas la proposition. Je me contenterai de dire, bien que je sois peintre français, qu'il me parait s'exagérer énormément l'importance de ce 'French Teaching'. Un séjour de six mois ou un an dans l'atelier Jullien[11] [sic] ou tout autre du même genre, au sortir des écoles de l'académie, a bien une certaine influence sur la méthode: on y acquiert quelque chose comme ce que l'on est convenu d'appeler une belle main chez un professeur d'écriture, mais c'est l'alphabet du métier, et pour opérer un changement réel dans les tendances artistiques d'un individu il faut bien autre chose que cela. Les cercles artistiques dignes de ce nom sont ici tout [p. 6] comme ailleurs très fermés et peu nombreux; ce n'est cependant qu'en les fréquentant que l'on peut se faire une idée vraie du mouvement et des tendances de l'art français. Les jeune artistes étrangers de passage à Paris ne peuvent malheureusement guère y pénétrer: la brièvete de leur séjour ou le plus souvent une connaissance imparfaite de la langue les en empêche. C'est fâcheux; ils entendraient là des choses qui leur paraitraient étonnantes; notamment au sujet de M. Whistler qui depuis longtemps, ici nous considérons comme un maître incomparable, auquel nous avouons sans la moindre honte devoir la plus complète et la plus belle des révélations. C'est pour cela que je mentionnais tout à l'heure le Louvre où il sera un jour certainement rélegué. La place est marquée entre Paul Véronèse[12] et Velasquez.

Recevez, Monsieur &c.

Marcel Roland


This document is protected by copyright.


Translation:

Sir, -

The election of Mr. Whistler to the presidency of Suffolk Street produced considerable feeling in the old world of national art and that I understand, as well as the protests to which it gives place and which are, I fully acknowledge, [p. 2] natural. As one can judge by the polemic which arises on this subject on all sides, as one can see by the letters published in this newspaper by a 'British Artist', 'Country Collector', and others, Mr. Whistler neither was summoned by the wishes of a large public which he does not touch, nor acclaimed by the crowd, which he does not address. The multitude has not understood and can not understand the genius of Whistler, any more than it has understood other geniuses. With long and painful efforts, a minority of those of higher intelligence, which only thinks and judges, will learn how to repeat: 'Whistler is a great artist,' as one learned how to say: 'Velazquez was a very great painter;' but in the future the public, while repeating the formula, will look at the works of the one as it looks at those of the other today, without seeing them and enjoying them. Thus the election of Mr. Whistler proves a lack of regard for the preferences of the crowd, which was not consulted. There was here, it seems to me, injustice and imprudence. Injustice, because solely for the greater joy of some admirers of pure art, who in a moment of enthusiasm forgot their rows and battles in order to carry their high priest into the presidential armchair (a majority that has been found only in Suffolk Street) this has ruffled the feeling of amateurs in general and of a very great number of artists, little endowed perhaps, not very concerned with revelations and progress, it is possible, but which constitutes nontheless a numerous class of workers whose aspirations are on the level of those of the public which [p. 3 ] likes them and whose work, accessible to all, becomes a sort of public utility. Imprudence, because it cannot run up without danger against the opinion of the greatest number. Admittedly the choice of Mr. Whistler to chair them, proves that in the company that has just elected him refined art feels in the majority; but to affirm this exposed them fatally, them and their new head, to many adversaries, and all the artistic and personal distinction of Mr. Whistler, far from protecting it, only, as one had to expect, attracted to him the whistles and coarse apostrophes of the 'British Artist' and the 'Country Collector'. At least one must allow in justice to the 'Impartial Reader', that his weapons are more courteous, and that the terms in which he expresses himself prove the practice of courtesy and correct manners, quite foreign to those who opened this polemic and that invited an answer. I begin by saying I am of his opinion, I agree that he shows himself to be really impartial when he notes the inferiority of Mr. Whistler in benefitting from the effects 'of the material reality of ordinary vision', which, first of all being perceptible, and accessible to all, charms on the same basis middle-class man and ordinary great men. It is a gap in the talent of Mr. Whistler and will always make him lack popularity. This proves that after all, it is good never to lose sight of the fact, that artists and middle-class men are all brothers (or we should be at least) and that there should not be between us [ p. 4 ] any other difference than this, namely: that some make oil paintings, and others do not. It is thus that the accession of Mr. Whistler to the highest seat has something revolting about it. His tastes are too particular. Enthusiastic for beauties that only he and some others perceive, he moves with impertinent scorn in front of the things that are the joy and idols of all the world.

To try to impose on people the tastes of only one, however great an artist, constitutes, it seems to me, an enormous attack. What would one say if one tried in Paris or in London to replace the songs of the music hall or of the café concert, dear to the multitude, by the work of Beethoven? It is not and it will never be but the echo of the mystical heart of a great artist who in his egoistical love of the beautiful consulted only his own tastes. It is listened to, yes, from time to time and with good taste. I refuse to declare this master larger and especially more useful than the author of this popular and charming work 'Over the Garden Wall', who, instead of creating by his art new preoccupations, gives to his fellow-citizens an innocent pleasure, and composes the little air that they whistle at their ease upstairs on the omnibus. It is this simplicity full of charm that Mr. Whistler misses absolutely: his weakness on this point is not only badly dissimulated, but obvious. He is assured of this, and I believe that at the present hour he must have lost any hope (if he ever had it) of seeing his works appearing one day alongside [p. 5] those of the great artists (indispensable these!) whose exquisite productions published each year in Christmas number of the Graphic and other illustrated newspapers contribute to giving such an amount of artistic light to the so touching festivities of this time of the year. The work of Whistler, alas! will only leave its workshop to go to be bored forever on the walls of the large rooms of the Louvre, far from the merry company of Christmas numbers. And it will be well done.

There is a point on which I regret not to agree not with 'An Impartial Year Reader'. He explains and judges the influence of Mr. Whistler on contemporary English art in his own way and thinks that it is an injustice to admit that it is as large as M. Salaman thinks it. It is mainly to 'French Teaching', he thinks, that one owes the changes of tendencies and method in the young painters. I had thought like Mr. Salaman; however I will not discuss this proposal. I will be satisfied to say, although I am a French painter, that he appears to to me to enormously exaggerate the importance of this 'French Teaching'. A stay of six months or a year in the Studio Julien or any other of the same kind, upon leaving the schools of the academy, does have a certain influence on the method: one acquires something there what would be called a good hand by a professor of writing, but it is the alphabet of the trade, and to operate a real change in the artistic tendences of an individual it is necessary to have something other than that. Artistic circles worthy of the name are all, here [ p. 6 ] as elsewhere, very enclosed and very few; it is only by attending them that one can have a true idea of the movement and tendencies of French art. Young foreign artists of passage in Paris unfortunately can hardly penetrate there: the brevity of their stay or their generally imperfect knowledge of the language prevents some. It is annoying because there they would hear things which would appear astonishing to them ; in particular about Mr. Whistler, whom for a long time, here we have regarded as an incomparable master, to whom we owe without the least shame the most complete and beautiful of revelations. It is for this that I mentioned the Louvre a few moments ago. where he will certainly be one day relegated. The place is marked between Paul Véronèse and Velasquez.


Notes:

1.  [10/22 July 1886?]
This is part of a sequence of letters arising from an article: Salaman, Malcolm C., 'Hail President Whistler,' The Court and Society Review, 10 June 1886.

2.  Marcel Roland
Marcel Roland, unidentified [more].

3.  Editor, The Court and Society Review
London based periodical.

4.  la présidence à Suffolk Street
JW was elected President of the Society of British Artists on 1 June 1886 and took office in December. He was forced to resign on 4 June 1888 but retained the post until November. The galleries of the SBA were on Suffolk Street.

5.  'British Artist', le 'Country Collector'
The letters of 'A British Artist' and 'A Country Collector' were published in The Court and Society Review on 12 and 21 June 1886 (#11353, #11352). They were followed by W. Hughes ('Van Eyck') and 'The Unknown Quantity' on 23 June (#11355, #11356) and E. W. Godwin on 22 July (#11362), R. Whiteing and a second letter from 'A Country Collector' appeared on 2 August (#11365, #11364).

6.  Velazquez
Diego Rodriguez de Silva y Velázquez (1599-1660), painter [more].

7.  Impartial Reader
The letter of 'An Impartial Reader' was published in The Court and Society Review on 8 July 1886 (#11358).

8.  Beethoven
Ludwig van Beethoven (1770-1827), composer [more].

9.  Over the Garden Wall
A popular song by G. D. Fox, published in New York, 1881.

10.  M. Salaman
Malcolm Charles Salaman (1855-1940), art critic and dramatist [more], inspired this spate of correspondence. His first article was followed by a letter, published on 23 June (#11356), a further essay (Salaman, Malcolm Charles, 'In Whistler's Studio,' The Court and Society Review, vol. 3, no. 104, 1 July 1886, pp. 588-90), and yet another letter (#11359).

11.  l'atelier Jullien
A Parisian art school founded in 1860 by Rodolphe Julian (1839-1907), artist and art administrator [more]. The Académie Julian was one of the foremost privately run academies for art students in Paris.

12.  Paul Véronèse
Paolo Veronese (1528-1588), painter [more].